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''' | L'''hypnose''' est un **état modifié de conscience** (EMC), distinct du sommeil, caractérisé par une focalisation attentionnelle intense, une suggestibilité accrue, une réceptivité aux idées et une capacité à influencer des perceptions, des pensées, des émotions ou des comportements. Elle est utilisée comme outil thérapeutique (hypnothérapie), dans le cadre du spectacle (hypnose de scène) ou dans une démarche personnelle (autohypnose). Bien que ses mécanismes précis fassent encore l'objet de recherches, elle est de plus en plus intégrée dans les pratiques cliniques pour compléter d'autres approches médicales et psychologiques. | ||
== | == Définition et vue d'ensemble == | ||
L'hypnose est généralement définie comme un état de conscience particulier impliquant une **attention concentrée**, une **réduction de la conscience périphérique** et une **capacité accrue à répondre à la suggestion**. Contrairement à une idée reçue, la personne sous hypnose ne dort pas et ne perd pas le contrôle de sa volonté. Elle reste consciente, peut parler, se souvenir et refuser des suggestions contraires à ses valeurs. Cet état, parfois appelé « transe », est naturel et commun ; il est expérimenté de manière légère lors d'activités absorbantes comme la lecture d'un livre captivant, la conduite sur un trajet familier ou la contemplation d'un feu. | |||
* ** | |||
* ** | |||
L'hypnose thérapeutique, ou **hypnothérapie**, utilise cet état pour atteindre des objectifs thérapeutiques. Le praticien, souvent un médecin, un psychologue ou un hypnothérapeute formé, guide le patient (« sujet ») par des suggestions verbales et des images mentales pour l'aider à puiser dans ses ressources inconscientes. Les applications sont variées et incluent la gestion de la douleur, le contrôle de l'anxiété, l'arrêt du tabac ou le traitement de troubles psychosomatiques. | |||
== | == Histoire de l'hypnose == | ||
L'utilisation d'états de transe à des fins thérapeutiques ou rituelles remonte à l'Antiquité. | |||
=== | === Pratiques anciennes et magnétisme animal === | ||
Dans l'Égypte ancienne, en Grèce (dans les « temples du sommeil » ou Asclepeia) et dans de nombreuses cultures chamaniques, des rites induisant des états de transe étaient employés pour la guérison. La conception moderne de l'hypnose émerge au {{s|XVIII}} avec les travaux controversés de **Franz Anton Mesmer** (1734-1815). Ce médecin allemand théorise l'existence d'un « **magnétisme animal** », un fluide universel influençant la santé. Ses séances collectives, spectaculaires, provoquaient des crises chez les participants, avec des effets attribués aujourd'hui à la suggestion et à l'influence sociale. | |||
=== | === De James Braid à l'âge d'or de l'hypnose === | ||
Le chirurgien écossais **James Braid** (1795-1860) est le premier à proposer une explication scientifique, rejetant le fluide magnétique. Il invente les termes « **hypnotisme** » et « **hypnose** » (du grec ''hypnos'', sommeil), bien qu'il reconnaîtra plus tard que l'état n'est pas du sommeil. Il démontre que la fixation prolongée sur un objet peut induire une transe, établissant le rôle de la suggestion. Au {{s|XIX}}, l'école de la **Salpêtrière** à Paris, dirigée par **Jean-Martin Charcot**, considère l'hypnose comme un état pathologique propre à l'hystérie. À l'inverse, l'école de **Nancy**, menée par **Ambroise-Auguste Liébeault** et **Hippolyte Bernheim**, la voit comme un phénomène psychologique normal de suggestibilité, une vision qui finira par prévaloir. | |||
=== | === Le {{s|XX}} et l'intégration en psychothérapie === | ||
Au début du {{s|XX}}, l'hypnose décline avec la montée de la psychanalyse freudienne, qui lui préfère la libre association. Elle connaît un renouveau important pendant la Seconde Guerre mondiale pour traiter les névroses de guerre. Les figures marquantes de cette période, **Milton H. Erickson** (1901-1980) et **Dave Elman** (1900-1967), révolutionnent la pratique. Erickson développe une approche non autoritaire, utilisant des métaphores et des suggestions indirectes, fondement de l'**hypnose ericksonienne**. Elman, quant à lui, met au point des techniques rapides et directes d'induction, très influentes dans le milieu médical. Leurs travaux ont permis l'intégration de l'hypnose dans les thérapies brèves et les pratiques cliniques modernes. | |||
== | == Types d'hypnose == | ||
L'hypnose se décline en plusieurs formes selon son contexte et ses objectifs. | |||
=== | === Hypnose clinique ou thérapeutique === | ||
Utilisée dans un cadre médical ou psychothérapeutique, elle vise à soulager des symptômes ou à faciliter un changement psychologique. Le thérapeute et le patient collaborent pour atteindre un objectif défini (ex. : réduire l'anxiété pré-opératoire, contrôler une phobie). C'est la forme la plus étudiée scientifiquement. | |||
=== | === Hypnose de scène === | ||
Pratiquée dans un but de divertissement, l'hypnose de scène met en scène des volontaires pour réaliser des performances souvent humoristiques ou spectaculaires. Elle repose sur la sélection de sujets très suggestibles et sur des suggestions directes et spectaculaires. Elle ne poursuit aucun but thérapeutique. | |||
=== | === Autohypnose === | ||
L'autohypnose est la pratique par laquelle un individu s'induit lui-même un état hypnotique, généralement après avoir appris des techniques auprès d'un professionnel. Elle est utilisée pour l'autogestion du stress, l'amélioration de la concentration, la préparation à un événement ou le renforcement d'une motivation. | |||
=== | === Hypnose régressive === | ||
L'[[hypnose régressive]] vise à faire revivre au sujet des expériences passées, parfois jusqu'à la petite enfance, dans l'idée que l'origine d'un trouble actuel y serait enracinée. Une variante controversée, la **régression dans des vies antérieures**, suppose une régression au-delà de la naissance. Si cette approche peut avoir un effet cathartique, son fondement historique est largement remis en question par la communauté scientifique, qui attribue les souvenirs évoqués à des constructions fantasmatiques ou à l'effet des suggestions. | |||
== | == Mécanismes et théories == | ||
Plusieurs théories tentent d'expliquer le fonctionnement de l'hypnose. | |||
=== | === Théorie de la néodissociation === | ||
Proposée par **Ernest Hilgard** (1904-2001), cette théorie influente suggère que la conscience peut se diviser (« dissocier ») durant l'hypnose. Une partie reste en contact avec le thérapeute et suit les suggestions, tandis qu'une autre, l'« **observateur caché** », reste à l'écart, conscient de tout. Cette théorie explique comment une suggestion d'analgésie peut faire disparaître la douleur consciente, tandis qu'une partie de l'esprit enregistre toujours la sensation. | |||
=== | === Théories sociocognitives === | ||
Ces théories minimisent le rôle d'un « état » particulier. Elles considèrent l'hypnose comme un produit de facteurs sociaux (attentes, rôle du « bon sujet ») et cognitifs (imagination, attentes, capacité d'absorption). Le sujet, dans un contexte donné, joue le rôle de personne hypnotisée et se conforme aux demandes, utilisant ses capacités d'imagination et de concentration. | |||
=== | === Approches neuroscientifiques === | ||
Les études en neuro-imagerie (IRMf, EEG) montrent que l'hypnose modifie l'activité cérébrale. On observe notamment une **réduction de la connectivité** entre le cortex cingulaire antérieur (impliqué dans le contrôle exécutif et la vigilance) et le **réseau du mode par défaut** (actif au repos), corrélée à une perte du sens de l'agentivité. D'autres études montrent que les suggestions hypnotiques d'analgésie activent des zones corticales impliquées dans le contrôle de la douleur et modulent l'activité des régions qui la traitent. Ces données suggèrent que l'hypnose est un état neurophysiologique identifiable. | |||
== | == Applications == | ||
L'hypnothérapie est utilisée comme approche complémentaire dans de nombreux domaines. | |||
=== | === Psychothérapie === | ||
* * | Elle est intégrée dans le traitement des **troubles anxieux** (phobies, anxiété généralisée, stress post-traumatique), des **troubles de l'humeur** (dépression légère à modérée) et des **troubles du comportement alimentaire**. Elle aide à modifier des schémas de pensée et des réactions émotionnelles. | ||
* ** | |||
=== | === Gestion de la douleur === | ||
C'est l'une des applications les plus validées. L'hypnose est utilisée pour réduire la douleur aiguë (soins dentaires, brûlures, accouchement) et chronique (fibromyalgie, migraines, douleurs cancéreuses). Elle permet parfois de diminuer la consommation d'analgésiques. | |||
=== | === Contrôle des habitudes === | ||
L'arrêt du tabac, la perte de poids ou la gestion des impulsions (onychophagie) sont des domaines où l'hypnose est fréquemment sollicitée pour renforcer la motivation et modifier les associations comportementales. | |||
=== | === Médecine et soins === | ||
En milieu hospitalier, elle est employée pour réduire l'anxiété pré et post-opératoire, contrôler les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie, et améliorer la guérison de certaines affections dermatologiques (verrues, psoriasis). Elle trouve aussi sa place en soins palliatifs. | |||
== | == Recherche scientifique et preuves == | ||
Le statut scientifique de l'hypnose a considérablement évolué. Des organismes comme l'**Inserm** (France) ou la **American Psychological Association** (APA) reconnaissent son efficacité pour certaines indications, sur la base d'études contrôlées et de méta-analyses. | |||
* **Douleur** : De nombreuses études et méta-analyses confirment l'efficacité modérée à forte de l'hypnose sur la réduction de la douleur aiguë et chronique. | |||
* **Anxiété et stress** : Son efficacité pour réduire l'anxiété, notamment en contexte médical, est bien établie. | |||
* **Syndrome de l'intestin irritable (SII)** : L'hypnothérapie dirigée vers l'intestin est une approche validée pour réduire les symptômes du SII, avec des effets durables. | |||
* **Arrêt du tabac** : Les résultats sont plus mitigés. L'hypnose semble aussi efficace que d'autres approches, mais sans supériorité clairement démontrée. L'effet dépend fortement du thérapeute et de la motivation du sujet. | |||
Les mécanismes cérébraux font l'objet de recherches actives en neurosciences cognitives, renforçant la légitimité de l'hypnose comme phénomène psychobiologique réel. Les critiques portent principalement sur l'exagération des claims thérapeutiques pour certaines indications et sur la variabilité de la réponse individuelle à l'hypnose (hypnotisabilité). | |||
== | == Praticiens notables == | ||
* **Franz Anton Mesmer** (1734-1815) : Pionnier controversé du magnétisme animal. | |||
* ** | * **James Braid** (1795-1860) : Père de l'hypnose scientifique moderne. | ||
* ** | * **Jean-Martin Charcot** (1825-1893) : Étudia l'hypnose comme signe de l'hystérie à la Salpêtrière. | ||
* ** | * **Hippolyte Bernheim** (1840-1919) : Chef de file de l'école de Nancy, défendit le rôle de la suggestion. | ||
* **Milton H. Erickson** (1901-1980) : Psychiatre américain, fondateur de l'hypnose ericksonienne et une influence majeure sur les thérapies brèves. | |||
* **Dave Elman** (1900-1967) : Auteur et formateur, connu pour ses techniques rapides d'induction à visée médicale. | |||
== Hypnose en France, Belgique, Canada == | |||
=== France === | |||
L'hypnose connaît un essor important depuis les années 1990. Elle est pratiquée par des médecins, des psychologues, des dentistes et des infirmiers, souvent dans un cadre hospitalier. Des **Diplômes Universitaires (DU)** en hypnose médicale existent dans plusieurs facultés de médecine (Paris, Lyon, Bordeaux...). La pratique par des non-professionnels de santé n'est pas réglementée, ce qui conduit à une grande hétérogénéité des formations. La **Société Française d'Hypnose** (SFH) et la **Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves** (CFHTB) sont des sociétés savantes actives. | |||
== | === Belgique === | ||
* | La situation est similaire, avec une intégration croissante dans les hôpitaux et les cliniques. L'**Université de Liège** propose un certificat interuniversitaire en hypnose. Plusieurs associations, comme la **Belgian Society of Clinical and Experimental Hypnosis** (BSCEH), promeuvent la recherche et la formation. | ||
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== | === Canada === | ||
Au Québec et dans le reste du Canada, l'hypnothérapie est une profession non réglementée dans la plupart des provinces, mais des associations professionnelles (ex. : **Société canadienne d'hypnose**) établissent des standards de formation et d'éthique. Son utilisation en psychothérapie est courante, souvent intégrée à d'autres approches comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Au Québec, certains ordres professionnels (psychologues, médecins) encadrent sa pratique par leurs membres. | |||
== | == Voir aussi == | ||
* [ | * [[État modifié de conscience]] | ||
* [ | * [[Suggestibilité]] | ||
* [ | * [[Milton Erickson]] | ||
* [[Hypnothérapie]] | |||
* [[Auto-hypnose]] | |||
* [[Hypnose régressive]] | |||
* [[Thérapie cognitivo-comportementale]] | |||
* [[Neurosciences cognitives]] | |||
* [[Psychosomatique]] | |||
[[ | == Références == | ||
[[ | {{Références}} | ||
[[ | |||
[[ | == Bibliographie == | ||
* *L'Hypnose*, Michèle Declerck et Jean Godin, éditions Les Arènes, 2010. | |||
* *Traité d'hypnothérapie clinique*, sous la direction de Didier Michaux, éditions Dunod, 2013. | |||
* *Hypnose*, Olivier Lockert, éditions IFHE, 2002. | |||
== Liens externes == | |||
* [https://www.hypnose.fr/ Société Française d'Hypnose] | |||
* [https://www.apa.org/topics/hypnosis/ American Psychological Association - Hypnosis Topic Page] | |||
[[Catégorie:Hypnose]] | |||
[[Catégorie:Psychologie]] | |||
[[Catégorie:Psychothérapie]] | |||
[[Catégorie:Médecine non conventionnelle]] | |||
[[en:Hypnosis]] | [[en:Hypnosis]] | ||
[[es:Hipnosis]] | [[es:Hipnosis]] | ||
[[de:Hypnose]] | |||
[[it:Ipnosi]] | [[it:Ipnosi]] | ||
[[ | [[pt:Hipnose]] | ||
Revision as of 21:33, 31 March 2026
Template:Ébauche Template:Infobox pratique médicale
Lhypnose est un **état modifié de conscience** (EMC), distinct du sommeil, caractérisé par une focalisation attentionnelle intense, une suggestibilité accrue, une réceptivité aux idées et une capacité à influencer des perceptions, des pensées, des émotions ou des comportements. Elle est utilisée comme outil thérapeutique (hypnothérapie), dans le cadre du spectacle (hypnose de scène) ou dans une démarche personnelle (autohypnose). Bien que ses mécanismes précis fassent encore l'objet de recherches, elle est de plus en plus intégrée dans les pratiques cliniques pour compléter d'autres approches médicales et psychologiques.
Définition et vue d'ensemble
L'hypnose est généralement définie comme un état de conscience particulier impliquant une **attention concentrée**, une **réduction de la conscience périphérique** et une **capacité accrue à répondre à la suggestion**. Contrairement à une idée reçue, la personne sous hypnose ne dort pas et ne perd pas le contrôle de sa volonté. Elle reste consciente, peut parler, se souvenir et refuser des suggestions contraires à ses valeurs. Cet état, parfois appelé « transe », est naturel et commun ; il est expérimenté de manière légère lors d'activités absorbantes comme la lecture d'un livre captivant, la conduite sur un trajet familier ou la contemplation d'un feu.
L'hypnose thérapeutique, ou **hypnothérapie**, utilise cet état pour atteindre des objectifs thérapeutiques. Le praticien, souvent un médecin, un psychologue ou un hypnothérapeute formé, guide le patient (« sujet ») par des suggestions verbales et des images mentales pour l'aider à puiser dans ses ressources inconscientes. Les applications sont variées et incluent la gestion de la douleur, le contrôle de l'anxiété, l'arrêt du tabac ou le traitement de troubles psychosomatiques.
Histoire de l'hypnose
L'utilisation d'états de transe à des fins thérapeutiques ou rituelles remonte à l'Antiquité.
Pratiques anciennes et magnétisme animal
Dans l'Égypte ancienne, en Grèce (dans les « temples du sommeil » ou Asclepeia) et dans de nombreuses cultures chamaniques, des rites induisant des états de transe étaient employés pour la guérison. La conception moderne de l'hypnose émerge au Template:S avec les travaux controversés de **Franz Anton Mesmer** (1734-1815). Ce médecin allemand théorise l'existence d'un « **magnétisme animal** », un fluide universel influençant la santé. Ses séances collectives, spectaculaires, provoquaient des crises chez les participants, avec des effets attribués aujourd'hui à la suggestion et à l'influence sociale.
De James Braid à l'âge d'or de l'hypnose
Le chirurgien écossais **James Braid** (1795-1860) est le premier à proposer une explication scientifique, rejetant le fluide magnétique. Il invente les termes « **hypnotisme** » et « **hypnose** » (du grec hypnos, sommeil), bien qu'il reconnaîtra plus tard que l'état n'est pas du sommeil. Il démontre que la fixation prolongée sur un objet peut induire une transe, établissant le rôle de la suggestion. Au Template:S, l'école de la **Salpêtrière** à Paris, dirigée par **Jean-Martin Charcot**, considère l'hypnose comme un état pathologique propre à l'hystérie. À l'inverse, l'école de **Nancy**, menée par **Ambroise-Auguste Liébeault** et **Hippolyte Bernheim**, la voit comme un phénomène psychologique normal de suggestibilité, une vision qui finira par prévaloir.
Le Template:S et l'intégration en psychothérapie
Au début du Template:S, l'hypnose décline avec la montée de la psychanalyse freudienne, qui lui préfère la libre association. Elle connaît un renouveau important pendant la Seconde Guerre mondiale pour traiter les névroses de guerre. Les figures marquantes de cette période, **Milton H. Erickson** (1901-1980) et **Dave Elman** (1900-1967), révolutionnent la pratique. Erickson développe une approche non autoritaire, utilisant des métaphores et des suggestions indirectes, fondement de l'**hypnose ericksonienne**. Elman, quant à lui, met au point des techniques rapides et directes d'induction, très influentes dans le milieu médical. Leurs travaux ont permis l'intégration de l'hypnose dans les thérapies brèves et les pratiques cliniques modernes.
Types d'hypnose
L'hypnose se décline en plusieurs formes selon son contexte et ses objectifs.
Hypnose clinique ou thérapeutique
Utilisée dans un cadre médical ou psychothérapeutique, elle vise à soulager des symptômes ou à faciliter un changement psychologique. Le thérapeute et le patient collaborent pour atteindre un objectif défini (ex. : réduire l'anxiété pré-opératoire, contrôler une phobie). C'est la forme la plus étudiée scientifiquement.
Hypnose de scène
Pratiquée dans un but de divertissement, l'hypnose de scène met en scène des volontaires pour réaliser des performances souvent humoristiques ou spectaculaires. Elle repose sur la sélection de sujets très suggestibles et sur des suggestions directes et spectaculaires. Elle ne poursuit aucun but thérapeutique.
Autohypnose
L'autohypnose est la pratique par laquelle un individu s'induit lui-même un état hypnotique, généralement après avoir appris des techniques auprès d'un professionnel. Elle est utilisée pour l'autogestion du stress, l'amélioration de la concentration, la préparation à un événement ou le renforcement d'une motivation.
Hypnose régressive
L'hypnose régressive vise à faire revivre au sujet des expériences passées, parfois jusqu'à la petite enfance, dans l'idée que l'origine d'un trouble actuel y serait enracinée. Une variante controversée, la **régression dans des vies antérieures**, suppose une régression au-delà de la naissance. Si cette approche peut avoir un effet cathartique, son fondement historique est largement remis en question par la communauté scientifique, qui attribue les souvenirs évoqués à des constructions fantasmatiques ou à l'effet des suggestions.
Mécanismes et théories
Plusieurs théories tentent d'expliquer le fonctionnement de l'hypnose.
Théorie de la néodissociation
Proposée par **Ernest Hilgard** (1904-2001), cette théorie influente suggère que la conscience peut se diviser (« dissocier ») durant l'hypnose. Une partie reste en contact avec le thérapeute et suit les suggestions, tandis qu'une autre, l'« **observateur caché** », reste à l'écart, conscient de tout. Cette théorie explique comment une suggestion d'analgésie peut faire disparaître la douleur consciente, tandis qu'une partie de l'esprit enregistre toujours la sensation.
Théories sociocognitives
Ces théories minimisent le rôle d'un « état » particulier. Elles considèrent l'hypnose comme un produit de facteurs sociaux (attentes, rôle du « bon sujet ») et cognitifs (imagination, attentes, capacité d'absorption). Le sujet, dans un contexte donné, joue le rôle de personne hypnotisée et se conforme aux demandes, utilisant ses capacités d'imagination et de concentration.
Approches neuroscientifiques
Les études en neuro-imagerie (IRMf, EEG) montrent que l'hypnose modifie l'activité cérébrale. On observe notamment une **réduction de la connectivité** entre le cortex cingulaire antérieur (impliqué dans le contrôle exécutif et la vigilance) et le **réseau du mode par défaut** (actif au repos), corrélée à une perte du sens de l'agentivité. D'autres études montrent que les suggestions hypnotiques d'analgésie activent des zones corticales impliquées dans le contrôle de la douleur et modulent l'activité des régions qui la traitent. Ces données suggèrent que l'hypnose est un état neurophysiologique identifiable.
Applications
L'hypnothérapie est utilisée comme approche complémentaire dans de nombreux domaines.
Psychothérapie
Elle est intégrée dans le traitement des **troubles anxieux** (phobies, anxiété généralisée, stress post-traumatique), des **troubles de l'humeur** (dépression légère à modérée) et des **troubles du comportement alimentaire**. Elle aide à modifier des schémas de pensée et des réactions émotionnelles.
Gestion de la douleur
C'est l'une des applications les plus validées. L'hypnose est utilisée pour réduire la douleur aiguë (soins dentaires, brûlures, accouchement) et chronique (fibromyalgie, migraines, douleurs cancéreuses). Elle permet parfois de diminuer la consommation d'analgésiques.
Contrôle des habitudes
L'arrêt du tabac, la perte de poids ou la gestion des impulsions (onychophagie) sont des domaines où l'hypnose est fréquemment sollicitée pour renforcer la motivation et modifier les associations comportementales.
Médecine et soins
En milieu hospitalier, elle est employée pour réduire l'anxiété pré et post-opératoire, contrôler les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie, et améliorer la guérison de certaines affections dermatologiques (verrues, psoriasis). Elle trouve aussi sa place en soins palliatifs.
Recherche scientifique et preuves
Le statut scientifique de l'hypnose a considérablement évolué. Des organismes comme l'**Inserm** (France) ou la **American Psychological Association** (APA) reconnaissent son efficacité pour certaines indications, sur la base d'études contrôlées et de méta-analyses.
- **Douleur** : De nombreuses études et méta-analyses confirment l'efficacité modérée à forte de l'hypnose sur la réduction de la douleur aiguë et chronique.
- **Anxiété et stress** : Son efficacité pour réduire l'anxiété, notamment en contexte médical, est bien établie.
- **Syndrome de l'intestin irritable (SII)** : L'hypnothérapie dirigée vers l'intestin est une approche validée pour réduire les symptômes du SII, avec des effets durables.
- **Arrêt du tabac** : Les résultats sont plus mitigés. L'hypnose semble aussi efficace que d'autres approches, mais sans supériorité clairement démontrée. L'effet dépend fortement du thérapeute et de la motivation du sujet.
Les mécanismes cérébraux font l'objet de recherches actives en neurosciences cognitives, renforçant la légitimité de l'hypnose comme phénomène psychobiologique réel. Les critiques portent principalement sur l'exagération des claims thérapeutiques pour certaines indications et sur la variabilité de la réponse individuelle à l'hypnose (hypnotisabilité).
Praticiens notables
- **Franz Anton Mesmer** (1734-1815) : Pionnier controversé du magnétisme animal.
- **James Braid** (1795-1860) : Père de l'hypnose scientifique moderne.
- **Jean-Martin Charcot** (1825-1893) : Étudia l'hypnose comme signe de l'hystérie à la Salpêtrière.
- **Hippolyte Bernheim** (1840-1919) : Chef de file de l'école de Nancy, défendit le rôle de la suggestion.
- **Milton H. Erickson** (1901-1980) : Psychiatre américain, fondateur de l'hypnose ericksonienne et une influence majeure sur les thérapies brèves.
- **Dave Elman** (1900-1967) : Auteur et formateur, connu pour ses techniques rapides d'induction à visée médicale.
Hypnose en France, Belgique, Canada
France
L'hypnose connaît un essor important depuis les années 1990. Elle est pratiquée par des médecins, des psychologues, des dentistes et des infirmiers, souvent dans un cadre hospitalier. Des **Diplômes Universitaires (DU)** en hypnose médicale existent dans plusieurs facultés de médecine (Paris, Lyon, Bordeaux...). La pratique par des non-professionnels de santé n'est pas réglementée, ce qui conduit à une grande hétérogénéité des formations. La **Société Française d'Hypnose** (SFH) et la **Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves** (CFHTB) sont des sociétés savantes actives.
Belgique
La situation est similaire, avec une intégration croissante dans les hôpitaux et les cliniques. L'**Université de Liège** propose un certificat interuniversitaire en hypnose. Plusieurs associations, comme la **Belgian Society of Clinical and Experimental Hypnosis** (BSCEH), promeuvent la recherche et la formation.
Canada
Au Québec et dans le reste du Canada, l'hypnothérapie est une profession non réglementée dans la plupart des provinces, mais des associations professionnelles (ex. : **Société canadienne d'hypnose**) établissent des standards de formation et d'éthique. Son utilisation en psychothérapie est courante, souvent intégrée à d'autres approches comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Au Québec, certains ordres professionnels (psychologues, médecins) encadrent sa pratique par leurs membres.
Voir aussi
- État modifié de conscience
- Suggestibilité
- Milton Erickson
- Hypnothérapie
- Auto-hypnose
- Hypnose régressive
- Thérapie cognitivo-comportementale
- Neurosciences cognitives
- Psychosomatique
Références
Bibliographie
- *L'Hypnose*, Michèle Declerck et Jean Godin, éditions Les Arènes, 2010.
- *Traité d'hypnothérapie clinique*, sous la direction de Didier Michaux, éditions Dunod, 2013.
- *Hypnose*, Olivier Lockert, éditions IFHE, 2002.
Liens externes
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